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Etant modeste musicien, plus dans l'âme que pratiquant, mais connaissant les vertus
décollantes de l'artiste grattant sa guitare; côtoyant de
nombreux clubs de jazz, où alcools et rêves se métissent, j'aime
observer et aspirer les moindres détails des musiciens tels que
leurs pieds, leur bouche, leurs mains, leur cou,... leur corps en
mouvement!
Alors, les yeux noyés dans une brume irréelle, mes personnages
métalliques surgissent de mes émotions divagantes... extravagantes
même... Je rêve;
je m'expatrie au milieu de la scène et bénéficie alors d'un tout autre regard où l'instant rencontre le présent.
Dans la musique, il y a les notes qui font vibrer le musicien; Sous
ses chaussures se cachent ses doigts de pieds qui se tordent
sensuellement, les notes s'inscrivent dans le contour du mollet, des hanches, des épaules.
La peau est élastique et glacée de mystères! Le corps se tortille comme un grand
décalé, souvent secrètement !
Le
petit détail fait la sculpture, enrobe la tôle froide de cette
chaleur érotique émanant de la musique.
Déployant sensibilité et sensualité, le sculpteur a la chance de
pouvoir arrêter le mouvement. Puis, au contraire, de donner un
mouvement à une oeuvre statique et de la mettre en musique sans
qu'elle ne bouge physiquement.
Afin qu'elle perturbe le spectateur en l'embaumant de mélodies hors
du commun !
Là
est peut-être la magie; ma magie !
Le "Sounds" à Bruxelles, endroit idyllique, où l'alcool ingurgité se mêle aux pouvoirs
métamorphosiques entre un spectateur et
des génies de la musique...
Je débute donc mes sculptures dans ces endroits enfumés, brouillé de visions nocturnes, le vin coulant dans mes veines,
déployant toute ma sensibilité afin que mûrisse cette folie de l'artiste.
Je me parle à moi même, divaguant dans l'insouciance du moment; Plus rien
n'existe sauf ce "band" avec qui je fusionne à mort !
La musique pénètre alors l'égoïsme de l'artiste, car il peut la manipuler dans son intérieur et la modeler à sa guise!
Bizarrement, les courbes sont féminines et synonymes de souvenirs brûlants!
La soirée ce terminera chambre 307
Hôtel Plazza, un bout de papier et un crayon, des esquisses de souvenirs rythmés, le champagne
à la main...
Belgique-Sénégal...
On oublie la grisaille, l'hôtel, le sable chauffe les pieds, on cogne le métal !
Avant de commencer l'oeuvre, il faut se remettre dans le bain musical, absorber la mémoire des notes et les retranscrire dans un ballet
sensuel; les laisser glisser entre chaque vertèbre; Prendre un saxo et se métamorphoser en musicien, en prenant des pauses, douces et expressives!
Une fois l 'esquisse choisie, je monte ma sculpture du sol vers les cieux, de la naissance vers la vie
éternelle!
D'abord sous forme de contours puis, petit à petit, nous habillons ces kilos de
ferrailles entremêlés de tôles martelées et
soudées!
Ce joueur de saxo était un nouveau challenge car j'ai essayé de reproduire le visage de Belel,
un des gars de l'atelier. Challenge réussi !
Petite anecdote : à force de toujours lui demander de souffler
très fort en gonflant son cou et ses joues, afin de reproduire une
scène pleine de notes, il s'est évanoui (quelques secondes
seulement) ... Il avait oublié de respirer ! Sous un soleil
accablant, avoisinant les 45 degrés !
Dans la sculpture sur métal, le résultat final est toujours loin
devant. Cette technique de travail, que j'ai mis au point, demande
une grande patience et une bonne part de folie.
D'ailleurs, les Sénégalais ou les Toubabs (mot désignant les blancs
en langue wolof) visitant mon atelier disent tous la même chose:
Il est fou, ce mec ! Jusqu'où va-t-il aller? Quel sera son prochain
challenge?!
Ou cet exemple si incroyable de la part de "mes gosses" de la forge:
On arrête de bosser car le seul qui puisse
donner la vie, c'est Allah et toi, tu donnes la vie, tu es dangereux.
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